Les 13 et 14 octobre derniers, le programme Risques (IRiMa) était présent aux Assises Nationales des Risques Naturels (ANRN) à Toulouse. Organisées tous les trois ans par le ministère de la Transition écologique, ces Assises constituent le rendez-vous national de référence pour échanger entre acteurs de la prévention : collectivités, services de l'État, scientifiques, assureurs et associations.

Cette 6ᵉ édition, dédiée à l'adaptation au changement climatique et à l'anticipation des risques de demain, a réuni l'ensemble de la communauté autour d'un enjeu fondamental : réduire la vulnérabilité des territoires dans un climat de plus en plus imprévisible.
16 octobre 2025
Stand du BRGM avec le programme Risques (IRiMa)

Stand du BRGM avec le programme Risques (IRiMa)

©PEPR Risques (IRiMa)

Les Assises nationales des risques naturels (ANRN)

Les deux tiers des 36 000 communes françaises sont exposées à au moins un risque naturel parmi les 8 identifiés par le ministère de la transition écologique : les inondations, les séismes, les éruptions volcaniques, les mouvements de terrain, les avalanches, les feux de forêt, les cyclones et les tempêtes.*

En 2025, la 4ᵉ édition de la Journée Nationale de la Résilience, une initiative gouvernementale qui vise à diffuser la culture du risque et de la résilience auprès de l’ensemble des publics, a été présente tout au long de l’année, à travers plus de 14 000 actions de sensibilisation aux risques naturels et technologiques organisées sur le territoire national. Le 13 octobre a été le point d’orgue de cette initiative, par l’ouverture des Assises Nationales des Risques Naturels (ANRN), en cohérence avec la journée internationale pour la réduction des risques de catastrophes de l'Organisation Internationale des Nations Unies.

Organisées tous les trois ans par le ministère chargé de la Transition écologique, les ANRN sont un lieu de rencontre et d’échange entre les acteurs de la prévention pour renforcer la culture du risque et préparer l’adaptation des territoires pour réduire leur vulnérabilité. Cet évènement rassemble élus, représentants des collectivités, des acteurs économiques, associations, acteurs de l’assurance, organismes scientifiques et techniques, services de l’État.

La sixième édition des ANRN s’est déroulée les 13 et 14 octobre 2025 au Centre de congrès de Toulouse avec pour thématique l’adaptation au changement climatique et l’anticipation des risques naturels de demain.

*ecologie.gouv.fr

Retour sur ces deux jours 

Le programme était constitué de nombreuses interventions qui sont venues éclairer les enjeux de l’adaptation de la gestion des risques aux conséquences actuelles et anticipées du changement climatique. 

Les deux tables-ronde nous ont présenté à la fois les stratégies concrètes d’adaptation et les méthodes de relèvement post-catastrophes des territoires.

Des sessions thématiques rassemblant de nombreux domaines de recherche scientifique, des présentations de services de l’État et d’actions associatives ont également été proposées. 

Enfin, une « agora des bonnes pratiques », sous forme de 14 mini-conférences présentant des initiatives locales, a permis de dresser un panorama encourageant quant à la capacité d’adaptation des territoires. 

Session thématique 4 - défis de la connaissance des risques et de la réduction des vulnérabilités face au changement climatique

Session thématique 4 - défis de la connaissance des risques et de la réduction des vulnérabilités face au changement

©PEPR Risques (IRiMa)

Comment s'adapter dans un climat qui change ? 

Parmi les sessions thématiques proposées en parallèle, l’une d’elle a regroupé des scientifiques pour parler des défis de la connaissance des risques et de la réduction des vulnérabilités face au changement climatique.

Parmi ces expert·es, Gilles Grandjean (BRGM), co-directeur du programme France 2030 Risques (IRiMa), Yves Tremblay (IRD), membre du projet Explore2 terminé en 2024, François Pimont (INRAE), Lola Corre (Météo-France), Antoine Blanc (ONF), rejoins ensuite par des représentants de la SNCF et d’EDF pour échanger sur leurs participations dans la recherche publique et l’intégration des résultats dans leurs décisions.

Les présentations et échanges ont permis de comprendre que l’adaptation des connaissances à un changement climatique de plus en plus imprévisible, passe par un développement d’outils de modélisation de plus en plus précis et une organisation de la recherche en science du risque orientée vers le multirisque et la multidisciplinarité, comme a pu le développer Gilles Granjean (BRGM) en présentant l’organisation du programme.

Ces innovations en modélisation sont déjà en cours, comme dans le projet Explore2 qui a déjà permis d’augmenter la sensibilité des modèles d’impact du changement climatique sur l’hydrologie. Pour autant, de nombreuses incertitudes demeurent liées à l’évolution réelle de certaines variables prises en comptes, tel que les émissions de CO2 ou la variabilité interne du climat. 

Concernant le climat, le programme France 2030 TRACCS, représenté par Lola Corre (Météo France) regroupe des projets qui tendent au développement de modèles d’une très grande sensibilité, avec des tentatives vers des modèles permettant de calculer les probabilités d’occurrence des phénomènes rares, tout en assurant un temps de calcul raisonnable, grâce à l’intelligence artificielle.

En parallèle, des travaux comme ceux de François Pimont (INRAE) se focalisent sur la cartographie du risque d’incendie pour fournir des méthodes cohérentes et exhaustives sur l’ensemble du territoire pour caractériser cet aléa. Pour cela, des combinaisons de cartographies (d’occurrence et de puissance potentielle par exemple) associée à l’utilisation des données LIDAR sont à l’étude pour aboutir à une cartographie plus précise, mais surtout qui répond aux besoins opérationnels.

Antoine Blanc (ONF) a participé aux discussions via une vidéo relatant le travail scientifique et technique de rétro-analyse de la crue du torrent des Étançons qui a touché le village de la Bérarde en juin 2024, qui a permis de relater l’évènement et montrer l’importance de tels travaux :

La Bérarde : une enquête scientifique.

© OSUG

Ouverture des ANRN avec la première table ronde.

Ouverture des ANRN avec la première table ronde.

©PEPR Risques (IRiMa)

L’adaptation et la gestion de crise

Deux tables rondes ont permis d’approfondir les questions de l’adaptation au changement climatique et de la gestion de crise et de reconstruction/adaptation post-crise.

Ces sujets ont pu être discutés par de nombreux organismes de recherche, acteurs du monde politique et de l’assurance et représentant·es de collectivités ayant subi des crises d’ampleur.

Leurs réponses et leurs échanges ont permis de tirer un premier constat relativement clair : la prévention fonctionne et l'enjeu central de l’adaptation réside dans la diffusion des connaissances auprès de tous les groupes sociaux et structures représentatives (citoyens et citoyennes, responsables politiques locaux, entreprises, etc.).

Des retours d’expériences positifs

Le niveau de conscience de l’exposition à un risque majeur près de chez soi est relativement faible*. Face à cette situation, des outils s’enrichissent pour proposer des services personnalisés. Vigicrues propose de nouvelles fonctionnalités conçues pour les maires de petites communes notamment, de même que Climadiag qui s’adresse particulièrement à ces derniers et propose une version dédiée aux agriculteurs.

Le dialogue direct est également plébiscité par les populations locales, que ce soit au travers d’évènements dédiés ou d’actions de rencontre avec les populations directement là où elles se trouvent. L’investissement dans le milieu éducatif est un outil qui tend à faire ses preuves et à être bien reçu par les populations. 

Au cœur de la crise et durant la reconstruction et la réadaptation, la collaboration entre les différents services de l’État et des collectivités est évidemment centrale, de même que celle avec les organismes de recherche afin de réévaluer les risques et recalibrer les systèmes d’alerte.

D’après certains services territoriaux, les actions de prévention en général et les mises en situation font preuve d’un effet apaisant sur la population concernée grâce à l’acquisition d’autonomie ressentie en cas de confrontation à la catastrophe.

*Les français et les risques environnementaux, SDES, Datalab, décembre 2023, 64p.

Agora des bonnes pratiques

Ouverture des conférences silencieuses de l'agora.

©PEPR Risques (IRiMa)

Agoras des bonnes pratiques

Au deuxième jour de cet évènement dédié à l’adaptation, 14 mini-conférences ont été proposées, permettant à des dispositifs d’accompagnement et des initiatives de sensibilisation de présenter leurs conceptions et mises en œuvre.

Des dispositifs de diagnostic, de simulation ou encore d’accompagnement et des outils et initiatives de sensibilisation à vocation de prévention des publics concernés, ont offert un panorama de solutions reproductibles à l’échelle territoriale : 

Par exemple, les actions de prévention en école primaire menées par la commune d’Antibes ont montré un réel intérêt et une assez bonne compréhension par ce public des problématiques et des enjeux, bien plus qu’anticiper. Une expérience positive qui montre qu’il est possible de parler des risques et faire de la prévention sans être anxiogène.

Ou encore La fresque de la Crue, inspirée de celles du climat et de la biodiversité, développée par le CEPRI, qui a la particularité de pouvoir être adaptée à chaque territoire (lors de sa conception avec le CEPRI). Ce jeu de rôle et ses fiches techniques permettent de guider les actions grâce à un fort engagement des participant·es, leur permettant de se projeter dans l’adaptation à un risque ultra local.

Enfin, Menelik* mobilise les citoyens pour être acteur de la préservation de ce réseau hydrologique et de la biodiversité qu’il accueille, par une approche sensible et sensitive : balade théâtralisée, activités festives et culturelles, podcasts ou encore un dispositif d’immersion 3D réaliste permettant de percevoir les crues passées.

*Établissement public de gestion et de préservation des milieux aquatiques des bassins de l’Arc, de la Cadière, de la Touloubre et du pourtour de l’étang de Berre.