Durant ce mois de novembre 2025, une mission scientifique du projet IRIMONT, avec des équipes de l’Institut de géoscience de l’environnement (IGE), fera face aux conditions extrêmes des systèmes glaciaires himalayens du pied de l’Everest.

Objectif : comprendre comment ces glaciers réagissent au changement climatique pour améliorer l’identification des risques et anticiper des évènements catastrophiques pour les populations des vallées en aval et au-delà.
20 novembre 2025

Le dérèglement climatique laisse entrevoir une déstabilisation de certains glaciers de haute altitude en Asie. Ce projet au long court aura pour objectif d’identifier les risques associés aux ressources et aux aléas naturels en étudiant les relations entre le climat et la géomorphologie.

En effet, au-delà des risques sérieux pour les populations des vallées alentours, un risque de plus grande ampleur se dessine pour les centaines de millions de personnes qui vivent le long des grands fleuves d’Asie, comme le Brahmapoutre, le Gange ou encore l’Indus, alimentés par les quelque 17000 glaciers de la zone.

Essentiels pour l’accès à l’eau, destinées à la consommation humaine et à l’agriculture, mais également pour la production d’énergie, le travail en cours s’inscrit dans le long terme, pour développer des solutions d’évaluation permettant de distinguer les glaciers les plus sensibles au changement climatique.

Aujourd’hui, les recherches sur les glaciers n’ont qu’un recul de quelques dizaines d’années et ne permettent pas de distinguer les glaciers les plus sensibles au changement climatique de ceux qui réagissent plus faiblement, ni de mesurer clairement l’influence des facteurs naturels sur ce recul. Or, tout indique que la sensibilité des glaciers varie selon la période, les modèles… Nous souhaitons étudier ces mouvements sur un temps plus long.

Vincent Jomelli (CNRS), co-directeur du projet IRIMONT et Directeur de recherche CNRS au sein de l’équipe Climat du laboratoire CEREGE à Aix en Provence.

Installés à 5000 mètres d’altitude, au pied d’une moraine d’un glacier de l’Everest dans la région du Khumbu, les membres de la mission parviennent à travailler et à communiquer grâce à des infrastructures minimales et de nombreux panneaux solaires. Malgré ces conditions difficiles, un travail titanesque les attend : reconstituer l’histoire de ces glaciers sur les 11 600 dernières années. Ils devront pour cela faire appel à leurs connaissances en géochronologie et en modélisation. Le plan d’action, décrit par Vincent Jomelli, est le suivant : « Les équipes de l’IGE font actuellement des relevés de masse et d’énergie sur plusieurs glaciers autour du Khumbu et nous allons faire en parallèle un peu de datation cosmogénique et étudier les paramètres géomorphologiques comme l’influence de la taille du bassin versant, son altitude et son exposition. »

Ce travail, financé par le projet IRIMONT et par le projet ANR CIME « Fluctuations des glaciers himalayens au cours de l’Holocène », permettra de progresser dans la compréhension des causes et du rythme des fluctuations glaciaires identifiées durant les derniers milliers d’années. 

Ces connaissances seront précieuses pour augmenter les capacités de prédiction de vidanges brutales de lacs glaciaires ou « GOLF » (Glacial Lake Outburst Flood), comme celles qui ont englouti en août 2024 une grande partie du village népalais de Thame ou plus récemment du village de La Bérarde en France.