Ce travail est issu du projet Risques en montagne (IRIMONT).
Wet snow avalanches on Corsica Island: a long-term perspective from lake sediments

Les milieux montagnards sont particulièrement sensibles aux changements climatiques, qui induisent des modifications des aléas naturels souvent liées à des perturbations de la cryosphère. Dans ce contexte, les évolutions des caractéristiques des chutes de neige et de la couverture neigeuse ont une incidence sur les risques d'avalanche. La variabilité à long terme peut être reconstituée à partir d'archives historiques, de cernes d'arbres et, plus rarement, de sédiments lacustres. Cette dernière approche repose sur l'identification de sédiments lacustres composés de dépôts grossiers mal triés dans une matrice fine, fréquemment associés à des débris organiques d'origine terrestre. Ces sédiments sont généralement apportés au lac au sein de masses importantes de neige mouillée, ou via des « drop stones » lors de la fusion de la glace si l'avalanche se produit sur une surface gelée. 

Cette étude porte sur deux lacs d'altitude (Mélu et Capitellu) dans la Vallée de la Restonica en Corse, un territoire dépourvu d'enregistrements systématiques, afin de reconstituer des signaux associés à de tels grands écoulements de neige mouillée à l'échelle millénaire. 
L'analyse de plusieurs marqueurs sédimentologiques et géochimiques permet la caractérisation des dépôts d'avalanches humides dans les deux lacs, ainsi que de faciès de type turbiditique liés à des séismes historiques en Corse.
Des modèles d'âge fondés sur des radionucléides à vie courte et sur le radiocarbone permettent également de reconstituer deux chronologies avalancheuses couvrant respectivement 600 et 1750 ans dans les lacs Mélu et Capitellu, lesquelles présentent des variations temporelles similaires. 

Une comparaison avec la seule chronologie à long terme disponible dans les Alpes (lac Muzelle, Écrins) révèle également une synchronicité dans la variabilité séculaire des avalanches, suggérant un forçage commun entre la Corse et les Alpes. Les observations humaines et les enregistrements d'accidents des dernières décennies, ainsi que les conditions nivo-météorologiques de déclenchement reconstituées à partir d'un schéma de modélisation hydrologique, confirment la capacité de la méthode sédimentaire lacustre avalancheuse à documenter l'activité locale des avalanches de neige mouillée. La méthodologie proposée, fondée sur des études paléolimnologiques, est donc susceptible d'être utile, seule ou combinée à d'autres sources de données avalancheuses, pour suivre les évolutions de l'activité avalancheuse et des risques associés dans les zones de montagne.