Contexte et objectifs
Face au changement climatique, la stratégie a principalement consisté, pendant des décennies, à privilégier l'atténuation, en cherchant à limiter les effets du changement climatique en s'attaquant à ses causes. Cependant, au cours des dix dernières années, la nécessité de l'adaptation a pris une place prépondérante sur la scène politique internationale et nationale. Un nombre croissant de travaux de recherche et de rapports gouvernementaux ont montré que les réponses aux changements globaux, dont fait partie le changement climatique, doivent désormais porter à la fois sur l'atténuation et l'adaptation.
Toutefois, malgré leur inscription dans de nombreux rapports (GIEC, COP, accords internationaux), les notions d’adaptation et de résilience restent mal définies et encore peu appliquées. Les stratégies d’adaptation restent souvent ponctuelles et limitées à l’échelle d’une ville, d’un quartier ou d’un socio-écosystème et/ou axées sur un aléa particulier, permettant difficilement de tenir compte des risques systémiques. Rares sont les recherches questionnant l’adaptation et la résilience des territoires en contexte de changements globaux, d’environnement changeant, incertain, de risques composites et de jeux d’échelles.
Le projet CORAI vise donc à combler cet écueil. Il produira des réponses scientifiques et opérationnelles cohérentes pour répondre aux défis d'adaptation et de résilience spécifiques aux zones côtières françaises (France métropolitaine et île de la Réunion) confrontées aux changements globaux : ces territoires sont attractifs et souvent densément peuplés ; ils se caractérisent par une concentration d'activités terrestres et maritimes multiples, par la présence de grandes villes et d'infrastructures essentielles, notamment portuaires, mais aussi par des écosystèmes sociaux uniques. Nous proposons donc une approche systémique, multidimensionnelle et multi-échelle, qui va au-delà d'une approche sectorielle des risques et fournira des outils (TRL 4-7) permettant de soutenir différentes formes d’adaptation.
Pour chaque région côtière française, (Méditerranée, Atlantique Nord, La Manche et l’Océan Indien), deux territoires pilotes seront retenus pour coconstruire la connaissance, tester les outils (indicateurs et portail d’aide à la décision) et interroger les représentations et émotions des acteurs cibles, ces dernières restant peu explorées, bien qu’elles influencent fortement l’acceptabilité sociale des stratégies d’aménagement et d’adaptation.
Nous proposons une approche de recherche intégrée qui combine l'expertise des acteurs de terrain avec l'éclairage scientifique et méthodologique des sciences humaines et sociales, des sciences de la terre et de la mer et de la géomatique. Cette inter- et transdisciplinarité sont une innovation clef du projet.
Résultats attendus
Le projet CORAI proposera de nouveaux éléments d'analyse, de compréhension et d'opérationnalisation afin de faire connaître le fait que des stratégies d'adaptation sont possibles et de renforcer la résilience le long des zones côtières françaises. En cohérence avec l'objectif du programme de favoriser une recherche interdisciplinaire permettant d'améliorer la gouvernance des risques et d'appuyer la décision publique, CORAI apportera une compréhension nouvelle des enjeux et défis de l'adaptation, et développera des méthodologies et des outils applicables à des territoires côtiers pilotes, en s'appuyant sur les connaissances existantes des aléas côtiers actuels et futurs.
Quelques résultats attendus spécifiques :
- Une typologie des formes d'adaptation mise en regard des types de territoires côtiers et de la diversité des aléas (naturels, technologiques…)
- Un cadre méthodologique pour une adaptation systémique et évolutive des zones côtières
- Un diagnostic et des cartes de la diversité des risques côtiers (continuum terre-mer) sur les quatre façades côtières françaises (Méditerranée, Atlantique Nord, Manche et océan Indien)
- Des profils psychosociaux selon la manière dont les parties prenantes perçoivent les enjeux et leur niveau d'adhésion aux politiques proactives
- L'opérationnalisation de la résilience à travers un ensemble d'indicateurs composites
- Un atlas de mise en œuvre des indicateurs d'adaptation et de résilience sur les sites pilotes, à destination des acteurs locaux et d'un public diversifié
- La production de carnets (notebooks) et d'outils pour appuyer la prise de décision et aider les parties prenantes à anticiper et à répondre de manière proactive aux défis de l'adaptation
Organisation du projet
Responsable du projet
Damienne Provitolo (CNRS), géographe et directrice de recherche CNRS
Damienne Provitolo
Damienne Provitolo
Géographe et directrice de recherche CNRS (INSHS) au sein de l'unité mixte de recherche Géoazur (INSU), D. Provitolo co-anime l'équipe « Risques sur une planète en mutation : fonctionnement et résilience de la terre à la mer » (partenaire du projet CORAI). Ses recherches portent sur les risques, les catastrophes et le changement global, ainsi que sur les vulnérabilités et la résilience sociétales et territoriales. Ces thématiques sont abordées sous un angle systémique, territorial, mathématique et décisionnel.
Elle a été responsable scientifique de plusieurs projets interdisciplinaires, dont le projet ANR Com2SiCa : COMprendre et SImuler les COMportements humains sur des territoires en situation de CAtastrophe : de l'analyse à l'anticipation (2018-2022), le projet Idex Univ. Côte d'Azur : Catastrophes naturelles et santé mentale – Reconstruire les territoires et réparer le vivant, et le CNRS-PEPS HuMaIN, dans le cadre duquel elle a coordonné des équipes de chercheurs issus des sciences humaines et sociales (géographes, psychologues et géomaticiens), des sciences de la Terre (géologues et géophysiciens) et des sciences mathématiques. Elle préside le Haut Conseil local pour le Climat et la Biodiversité de la Métropole Nice Côte d'Azur (depuis 2023), et a collaboré à ce titre avec des experts de nombreuses disciplines à l'élaboration de la Stratégie d'adaptation de ce territoire méditerranéen. Elle a effectué un mandat de quatre ans en tant que vice-présidente du Comité d'évaluation scientifique de l'ANR « Sécurité globale, résilience et gestion de crise, cybersécurité » (2020-2023).