Le projet HaléGari vise à mieux comprendre comment la vie à Mayotte peut être (re)construite, en tenant compte de ses dimensions complexes et étroitement liées : biophysiques, architecturales et humaines.
Mamoudzou

Contexte et objectifs

Les effets dévastateurs du cyclone Chido et de la tempête tropicale Dikeledi sur les zones densément peuplées et les quartiers informels situés conduit à une réévaluation de l’habitabilité à Mayotte face à l’aggravation des risques environnementaux. Ces phénomènes météorologiques extrêmes soulèvent des questions urgentes : 

  • Dans quelle mesure une vie durable et digne est-elle possible sur l’île, notamment en termes d’accès aux ressources essentielles telles que l’eau, la nourriture, le logement et la sécurité ? 
  • Comment l’intensification des aléas naturels — tels que les vents violents, les crues soudaines et les glissements de terrain — pourrait-elle remodeler la manière dont les habitants occupent, habitent et aménagent leur territoire ? 

Quatre aspects sont cruciaux : la crise de l’eau persistante, la déforestation liée aux besoins agricoles, les logements précaires et la violence quotidienne. Ces enjeux sont amplifiés par des dimensions psychologiques et une institutionnalisation de la violence. La question de l’habitabilité reste donc cruciale, tant du point de vue de la dégradation des ressources naturelles que des bouleversements socioculturels.

Dans ce contexte, l’objectif de ce projet de recherche pluridisciplinaire et transdisciplinaire est de mieux comprendre comment la vie à Mayotte peut être (re)construite, en tenant compte de ses dimensions complexes et étroitement liées : biophysiques, architecturales et humaines. Trois thèmes distincts seront abordés : 

  1. le risque et l’habitabilité dans un territoire exposé aux aléas, sous l’angle de la relation entre le sol, les différentes cultures de construction et les ressources naturelles du territoire (à savoir l’eau, le lagon, la forêt, l’agriculture) ; 
  2. les risques et l’habitabilité en relation avec les pratiques culturelles (y compris les aspects liés à la psychologie, à la sociologie, à l’éducation, à la géographie humaine et à la linguistique) ; 
  3. l’habitabilité future dans une perspective post-Chido. La compréhension des relations entre (1) et (2) dans le cadre du processus de reconstruction en cours, à l’aide d’une stratégie « Reconstruire en mieux », servira à répondre à cette dernière question (3).

Résultats attendus

Dans le contexte post-cyclonique de Mayotte, la possibilité de mener des entretiens un à deux ans après le passage du cyclone est à la fois rare et précieuse. Avec le temps, les souvenirs s’estompent, les récits se reconstruisent et les souvenirs individuels s’entremêlent à la mémoire collective, ce qui peut compromettre la précision des témoignages. Ce délai permettra de saisir plus précisément la manière dont les habitants ont vécu l’événement : leurs réactions immédiates, leurs craintes, les stratégies d’adaptation qu’ils ont mises en place, les dynamiques de solidarité qui se sont développées, ainsi que les difficultés concrètes auxquelles ils ont été confrontés pour accéder à l’eau, à la nourriture ou aux soins de santé depuis le cyclone. Ces informations sont essentielles pour comprendre la résilience au niveau local et pour éclairer efficacement les politiques de reconstruction de Mayotte. 

De plus, en donnant la parole aux habitants touchés par le cyclone, ces entretiens reconnaissent la valeur de leur expérience, de leurs connaissances locales et de leur lien profond avec les réalités d’un environnement difficile. Ces données qualitatives, associées à des données environnementales, économiques et spatiales sur les dégâts causés par le cyclone, soutiendront une approche prospective d’élaboration de scénarios réalistes et adaptés au contexte local.

Ces scénarios serviront de base aux dialogues entre les différentes parties prenantes — élus, experts techniques, ONG, habitants, jeunes — pour réfléchir collectivement aux futurs souhaitables et à ceux qu’il faut éviter. Cette coconstruction favorisera une meilleure coordination entre les échelons  de décision et des efforts de reconstruction plus inclusifs et solidement ancrés dans les réalités locales.

 Les résultats scientifiques seront communiqués localement grâce à des partenariats avec des associations, à des conférences publiques et à des médias locaux. Des formats accessibles seront privilégiés : résumés illustrés, supports multilingues (français, shimaore, kibushi). De plus, des réunions publiques et des ateliers seront organisés en collaboration avec les autorités municipales et des, créant ainsi des espaces de dialogue où les habitants pourront poser des questions, partager leurs points de vue et discuter de la manière dont les résultats peuvent éclairer les initiatives communautaires et les processus décisionnels.

Organisation du projet

Organisation du projet HaléGari

Responsable du projet

Olivier Cerdan est directeur du programme Risques au BRGM. Après avoir soutenu sa thèse de doctorat sur la modélisation de l'érosion des sols à l'INRA, il a obtenu une bourse postdoctorale Marie Curie au Laboratoire de géomorphologie expérimentale de la KULeuven (Belgique), où il a travaillé sur une évaluation Pan-Européenne de l'érosion des sols. Ses principaux axes de recherche portent sur les impacts des changements globaux sur les sols et les ressources en eau pendant l'Anthropocène. Au sein du BRGM, il a coordonné de nombreux projets pluridisciplinaires abordant les questions de la sécurité des sols, des ressources en eau ou de la réduction des risques de catastrophe. Outre ses activités de coordination scientifique, il a participé à des comités d’évaluation aux niveaux national (ANR VMCS, ANR CEP) et européen (FP7 SME, H2020 S2b, H2020 SFS), a enseigné en master et a dirigé des étudiants en master et en doctorat. Il a également occupé le poste de rédacteur en chef adjoint pour l’European Journal of Soil Science et la revue Hydrological Processes (h=42 GS). 

Publications : http://scholar.google.fr/citations?user=pDefeMIAAAAJ. Outre sa grande expérience dans l'animation et la gestion d'activités de recherche scientifique, il est à l'origine du projet LESELAM, qui assure depuis plus de 10 ans la surveillance des ressources en sols et en eau sur l'île de Mayotte, et a occupé le poste de directeur par intérim de l'antenne régionale du BRGM à Mayotte en 2024, ce qui lui confère une connaissance approfondie du contexte local, condition indispensable à la mise en œuvre efficace d'un projet scientifique sur l'île.

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