Le projet RISE-Guadeloupe vise à répondre aux enjeux majeurs liés à l’exposition des territoires insulaires aux aléas naturels multiples, dans un contexte de changement climatique et de pression anthropique croissante.
Aerial view of the south coast near Saint-Francois, Grande-Terre, Guadeloupe, Lesser Antilles, Caribbean.

Contexte et objectifs

Située dans une zone de subduction active, la Guadeloupe est soumise à une combinaison de risques telluriques (séismes, tsunamis), climatiques (cyclones, précipitations extrêmes) et environnementaux (érosion, dégradation des écosystèmes), dont les interactions restent encore insuffisamment comprises. L’un des enjeux centraux du projet est ainsi de dépasser les approches sectorielles pour proposer une analyse intégrée des processus physiques, biologiques et sociaux qui gouvernent ces risques. 

Dans cette perspective, RISE-Guadeloupe a pour objectif de mieux caractériser les aléas à différentes échelles de temps et d’espace, en reconstituant notamment l’histoire des événements extrêmes à partir d’archives naturelles et historiques, et en améliorant les modèles de prévision des phénomènes tels que les tsunamis, les flux sédimentaires ou l’érosion côtière. 

Le projet ambitionne également de quantifier les impacts de ces aléas sur les écosystèmes terrestres et marins, ainsi que sur les sociétés humaines, en intégrant des approches issues des géosciences, de l’écologie, de l’archéologie et des sciences sociales. Un autre objectif majeur est de renforcer la culture du risque et les capacités de résilience des sociétés insulaires, en analysant les dynamiques historiques d’adaptation et les perceptions contemporaines des risques. Le projet s’appuie pour cela sur des démarches participatives et des actions de médiation visant à favoriser le dialogue entre scientifiques, décideurs et populations locales. 

Enfin, RISE-Guadeloupe vise à structurer un cadre de recherche interdisciplinaire fondé sur le partage et l’intégration des données, afin de produire des connaissances robustes, transférables à d’autres territoires insulaires exposés à des aléas similaires, notamment dans les zones de subduction à l’échelle globale.

Résultats attendus

Le projet RISE-Guadeloupe produira des résultats scientifiques, méthodologiques et opérationnels majeurs, avec un objectif central de traduction en outils concrets d’aide à la décision, notamment sous forme de cartes thématiques destinées aux acteurs de la gestion des risques. Il permettra d’améliorer significativement la connaissance des aléas telluriques grâce à la mise en place d’une base de données intégrée des failles actives et à la reconstitution de l’histoire des séismes et tsunamis, aboutissant à la production de cartes de failles actives, d’aléa sismique et de submersion tsunami directement exploitables par les autorités. 

Le projet apportera également des avancées importantes dans la caractérisation des processus d’érosion et des flux sédimentaires en conditions extrêmes. Les observations de terrain, les mesures instrumentées et les modèles développés permettront de produire des cartes d’aléa d’inondation, de transport sédimentaire et d’érosion côtière, essentielles pour l’aménagement du territoire et la gestion de crise. Ces approches permettront de mieux quantifier les interactions entre bassins versants, zones côtières et milieux marins, et de traduire ces connaissances en représentations spatialisées directement mobilisables. 

En parallèle, RISE-Guadeloupe documentera les impacts des aléas sur les écosystèmes terrestres et marins, en produisant des cartographies de vulnérabilité et de résilience des milieux naturels, utiles pour la planification environnementale et la protection des zones sensibles. Sur le plan sociétal, le projet contribuera à une meilleure compréhension de la culture du risque et des dynamiques d’adaptation, permettant d’élaborer des cartes de vulnérabilité sociale et d’exposition, intégrant les dimensions historiques, culturelles et territoriales. 

Enfin, l’ensemble de ces données et modèles sera intégré dans des outils de visualisation et de partage, afin de fournir aux décideurs, gestionnaires de crise et acteurs locaux des supports synthétiques, lisibles et opérationnels. Ces livrables constitueront un cadre de référence transférable à d’autres territoires insulaires exposés à des aléas multiples, renforçant l’impact du projet en matière de prévention, d’anticipation et de gestion des risques.

Organisation du projet

Organisation du projet

Responsable du projet

Mélody Philippon 

Mélody Philippon 

Mélody Philippon est chercheuse en géosciences, spécialisée en géologie structurale et tectonique. Elle a réalisé sa thèse de doctorat à Géosciences Rennes (2010), où elle s’est consacrée à la restauration de la déformation crustale à long terme, en combinant analyses structurales, observations de terrain et modélisations analogiques afin de reconstituer l’évolution géodynamique des Hellenides.

Ses travaux ont permis de mieux contraindre les processus de déformation à l’œuvre lors de l’enfouissement et l’exhumation des roches de haute pression. Elle a poursuivi son parcours par un postdoctorat à Utrecht Universiteit (Pays-Bas) et au CNR de Florence (Italie)(2011-2012), où elle s’est intéressée aux marges en extension et les interactions entre déformation à long terme et activité tectonique récente le long du rift Est Africain en Éthiopie. Tout au long de sa carrière elle a développé une expertise dans l’analyse intégrée des déformations crustales. Ces expériences internationales ont renforcé son expertise en approches intégrées, combinant données géologiques, géochronologiques, géochimiques, géophysiques et géomorphologiques. 

Depuis son recrutement à l’Université des Antilles (2014), ses travaux portants la tectonique régionale ont permis de mieux appréhender les quarante derniers millions d’année d’évolution régionale de l’est de la plaque caraïbe. Dans ce contexte, elle assure la coordination scientifique du projet ANR SUBUTTEC depuis 2024, projet pluridisciplinaire qui explore les relations entre évolution paléogéographiques et horloges moléculaires des espèces endémiques de l’Est de la Caraïbe, consolidant son expérience dans la conduite de projets collaboratifs et interdisciplinaires. 

Elle développe depuis plusieurs années des collaborations avec des sismo-tectoniciens, des néo-tectoniciens et des modélisateur de tsunamis (source sismique) afin de relier les processus à long terme et l’activité tectonique récente et les risques qui y sont associés (implication dans le réseau Faille Active France FACT,  avec la création d’une région n°10 Antilles). 

Elle est aujourd’hui coordinatrice scientifique du projet PEPR RISE-Guadeloupe, avec lequel elle a réuni une communauté scientifique pluridisciplinaire autour du défi d’avoir une approche intégrée des aléas naturels, de leur effet en cascade ainsi que de leurs impacts. Le projet RISE-Guadeloupe vise à produire des livrables opérationnels à destination des décideurs et gestionnaires de crise, notamment des cartes de failles actives, d’aléa sismique et tsunami, d’inondation, d’érosion côtière et de vulnérabilité, appuyées sur des modèles intégrés et des bases de données harmonisées. RISE-Guadeloupe s’inscrit dans une démarche visant à renforcer le lien entre recherche fondamentale et enjeux sociétaux, en particulier en matière de prévention des risques et d’adaptation des territoires exposés.

Les partenaires