Carte des failles de la région du bassin Ligure et des Alpes du Sud. La frontière franco-italienne correspond au trait jaune et les autres traits représentent les traces des principales failles connues. Les failles actives sont surlignées en rouge, dont la faille Ligure en mer.
Géoazur
Contexte et objectifs
Les tremblements de terre sont les catastrophes naturelles les plus dévastatrices et meurtrières dans le monde. En France, cependant, le risque sismique est souvent éclipsé par des phénomènes plus fréquents tels que les inondations et les tempêtes. Pourtant, les récents séismes de magnitude modérée (M~5) à La Laigne et au Teil illustrent le niveau de perturbation que de tels événements peuvent provoquer. Dans une zone plus densément peuplée, un séisme similaire ou plus important entraînerait des pertes humaines, des dégâts matériels et des perturbations économiques plus graves. Lorsqu’un tel événement se produit, les décideurs ont besoin d’informations fiables rapidement afin de coordonner les opérations de secours et de demander un soutien externe (la fenêtre critique de survie étant de 48 heures).
Au cours de la dernière décennie, la disponibilité des données sismiques en temps réel s’est considérablement améliorée en Europe grâce à l’infrastructure de recherche EPOS. Cependant, malgré ces avancées technologiques, les décideurs en France rencontrent encore de grandes difficultés pour accéder à ces informations et les intégrer lors des crises sismiques, notamment pour orienter la réponse initiale et la communication au public.
Les principales questions abordées dans le projet SEISMART sont :
- Quels sont les types d’informations les plus pertinents à communiquer aux acteurs de la gestion des risques de catastrophes (DRM) et de la protection civile (CP), et sous quelle forme doivent-ils être transmis ?
- Comment améliorer les données et les procédures afin d’augmenter la fiabilité des prévisions à court terme des pertes, des dommages, et des perturbations des réseaux ?
- Quels messages clés doivent être rapidement transmis à la population après un séisme ou d’un tsunami ?
Pour répondre à ces défis, le projet SEISMART vise à :
- favoriser la continuité entre les données, les modèles et la prise de décision afin d’optimiser la prise de décision rapide et la communication de crise en cas de séisme et/ou de tsunami ;
- créer un groupe de travail réunissant chercheurs et praticiens de la gestion des risques de catastrophe (GRC) et de la communication de crise dans un climat de confiance ; mutualiser les compétences des différents participants pour une approche globale ;
- améliorer la connaissance des aléas et des vulnérabilités dans les zones montagneuses et côtières de la mer Méditerranée grâce à des recherches avancées et à de nouvelles données ;
- intégrer des actions éducatives, de communication et de sensibilisation à chaque étape du projet.
Le projet se concentre sur une zone géographique unique, la Côte d’Azur, et sur un aléa principal — le séisme — ainsi que ses effets induits (tsunamis et glissements de terrain), afin de permettre la mise en œuvre d’une véritable approche de « Living Lab », favorisant un travail collaboratif approfondi au sein d’une équipe multidisciplinaire composée de chercheurs, d’ingénieurs et de professionnels du risque.
Résultats attendus
Les résultats attendus sont :
- de nouvelles données et une meilleure connaissance des aléas et de la vulnérabilité dans les Alpes-Maritimes ;
- une quantification des pertes et dommages liés aux séismes à l’aide d’indicateurs validés par les utilisateurs finaux ;
- des simulations haute performance des effets induits (tsunamis et glissements de terrain) ;
- l’amélioration de la disponibilité des outils d'intervention rapide et d'alerte précoce ainsi que des lignes directrices pour la planification de la gestion des risques sismiques, en renforçant leur intégration dans les processus décisionnels à différents niveaux ;
- la création de liens solides entre chercheurs et praticiens de la gestion des risques et de la protection civile (DRM-CP), activables rapidement en cas de besoin.
Les résultats seront diffusés à travers des publications dans des revues internationales (ainsi que des publications de vulgarisation pour un public plus large), la participation à des conférences, et des rapports. Un démonstrateur sera également développé, pouvant être utilisé ailleurs (en France ou à l’étranger). Le projet soutient la formation en impliquant des doctorants, des postdoctorants, des ingénieurs et des étudiants, favorisant ainsi l’émergence d’une nouvelle génération de chercheurs interdisciplinaires.
Pour le grand public et les scolaires, des actions de sensibilisation seront menées, telles que des conférences publiques, des ateliers, des interventions dans les médias, la participation à des événements comme la « Fête de la Science » organisée par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, la « Journée de la Résilience » organisée par le département des Alpes-Maritimes, etc. Un partenariat avec des enseignants du secondaire sera instauré tout le long du projet.
En cohérence avec les objectifs du programme, le projet renforce les capacités scientifiques et techniques dans l’analyse des risques telluriques en intégrant les géosciences, l’ingénierie, la science des données et les sciences sociales au sein d’infrastructures partagées, ouvertes et reproductibles. Les principaux résultats scientifiques incluent des jeux de données interopérables, ainsi que des modèles et méthodes transférables qui seront intégrés via la plateforme PC d’IRiMa et les infrastructures de données associées afin de garantir leur accessibilité et leur réutilisabilité. Le projet renforce également l’interface entre science et pratique grâce à la co-conception et à un engagement continu avec les partenaires opérationnels, suivant une approche de type « living lab ».
Organisation du projet
Responsable du projet
Françoise Courboulex (CNRS), directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la compréhension des processus liés à la genèse des séismes en profondeur et les mouvements du sol en surface responsables des dégâts aux sociétés
Françoise Courboulex
Françoise Courboulex
Françoise Courboulex est directrice de recherche au CNRS. Ses travaux scientifiques portent sur la compréhension des processus liés à la genèse des séismes en profondeur et les mouvements du sol en surface responsables des dégâts aux sociétés. Elle travaille sur des données réelles et sur des modèles et simulations, dans différents pays : Haïti, Equateur, Italie, France. Elle s’intéresse également aux liens entre science et société à travers des projets pluridisciplinaires, de science participative et éducatifs.
Elle est actuellement directrice adjointe du laboratoire Géoazur, situé à Sophia Antipolis près de Nice. Elle a dirigé pendant 7 ans l’équipe « Séismes : processus, forçages aléas ». Elle a encadré 15 jeunes doctorants et est autrice d’une soixantaine d’articles scientifiques dans des revues internationales.