En 2020, la température climatique a augmenté de 1,40 à 1,90 °C (Ribes et al., 2022), dépassant les objectifs espérés par l’Accord de Paris. L'habitabilité de la planète, tant de la vie humaine que non humaine (Blanc et al., 2022), est clairement menacée. TETHYS étudie les dimensions techniques, socio-économiques et politiques des scénarios associés aux multirisques hydroclimatiques, à travers l'application du cadre théorique de justice socio-spatiale au sein du continuum Terre-Fleuve-Mer appliqué sur le bassin de la Loire.
La compréhension des risques liés à l'eau nécessite une analyse approfondie de la combinaison des multirisques hydro-climatiques dans un contexte d'incertitudes:
- les changements dans les aléas hydrologiques dus au changement climatique, notamment les sécheresses, les inondations, les excès ou déficits sédimentaires, l’érosion des lits, des berges et des littoraux ;
- les combinaisons potentielles de ces aléas hydrologiques, telles que les inondations associées à des flux sédimentaires, la sécheresse ou le gonflement-retrait de l’argile, mais aussi la submersion côtière survenant parallèlement au ruissellement et à l’érosion des littoraux et des berges ;
- ces risques combinés sont aggravés différemment selon les contextes socio-économiques des territoires.
TETHYS vise à évaluer l'importance du concept de continuum dans un cadre multidisciplinaire afin de parvenir à une justice socio-spatiale à travers trois dimensions: un continuum des données, un continuum social et un continuum politique. Ce triple continuum hydro-socio-politique soutient la création d'un cadre analytique transdisciplinaire qui aborde les questions de continuité et de connectivité, de solidarité et de justice, tout en identifiant les obstacles et les catalyseurs de ces continuums. TETHYS s’articule autour de 3 questions de recherche:
- Comment relever les défis du partage des données et face aux événements à risques multiples ?
- Comment identifier les complémentarités, les solidarités et les mécanismes de résolution des conflits entre les pratiques (professionnelles, sociales et spatiales) dans les territoires touchés par des multirisques?
- Comment évaluer l'efficacité des politiques publiques à travers le continuum ?
Défi n° 1. Faire de la multidisciplinarité un moteur de recherche.
TETHYS est une initiative multidisciplinaire qui adopte une approche physique, spatiale et sociale.
Approche physique par la mesure : Une analyse sera menée à partir de données LiDAR topobathymétrique pour l’ensemble du lit de la Loire aménagé entre Nevers et Nantes, en complément d’une étude des processus hydro-sédimentaires. Elle portera sur les inondations, la stabilité structurelle des infrastructures de protection et de franchissement.
Analyse des pratiques et perceptions : Les paysages représentent l'intersection d'une représentation spatiale et de structure matérielle (physique et écologique). TETHYS explore une analyse paysagère par les perceptions sociales des habitants et les pratiques de conception paysagère adoptées par les politiques publiques.
Analyse des politiques et du droit : TETHYS étudie les politiques publiques de gestion et de prévention des risques hydroclimatiques, ainsi que les outils de mise en œuvre. Comment les politiques publiques appréhendent-elles la diversité des risques hydrologiques à travers les instruments de planification ?
Pluridisciplinarité par une approche géomatique : En décloisonnant les disciplines, TETHYS analyse la façon don’t les risques coexistent ou s’influencent. Cette approche favorise une compréhension nuancée des vulnérabilités liées à l’exposition à de multiples risques. Le défi cartographique consiste à appréhender comment la structuration des données engendre de nouvelles formes de (dis)continuité, et peut proposer de les dépasser.
Défi n° 2. Multidisciplinarité dans l’application au bassin de la Loire
Le bassin de la Loire est le plus vaste bassin hydrographique de France métropolitaine. Il traverse plus de 7 000 communes et englobe une population de 11,5 millions d’habitants, dont 4 millions le long du fleuve. La complexité climatique du bassin hydrographique nécessite le développement de connexions, d’articulations et de solidarités entre les territoires.
Défi n° 3. Approche locale au service de la transformation spatiale.
Les risques et les conséquences associés aux défis climatiques sont si profonds que des modifications importantes d’aménagement, d’infrastructures de communication et de défense face aux inondations peuvent s’avérer nécessaires. La transformation doit être adaptée au contexte, en tenant compte des conditions locales de mise en œuvre afin de prévenir les maladaptations (techniques, économiques, sociales ou politiques).
Organisation du projet
Responsable du projet
Mathilde Gralepois, professeure des universités en aménagement et urbanisme à l’Université de Tours.
Mathilde Gralepois
Mathilde Gralepois
Mathilde Gralepois est professeure des universités en aménagement et urbanisme à l’Université de Tours. Elle exerce au sein de l’École Polytechnique Universitaire, dans le Département d’Aménagement et d’Environnement, et est membre du laboratoire CITERES (Cités, Territoires, Environnement et Sociétés). Son parcours académique est marqué par une spécialisation en géographie et en aménagement de l’espace.
Son travail s’inscrit dans une réflexion sur les dynamiques de fabrication de la ville en contexte de risque climatique. Mathilde Gralepois est spécialiste des politiques d’adaptation au changement climatique et de la gestion des risques. Ses activités de recherche s’inscrivent dans des projets européens, notamment le projet SOLARIS (2021-2025) qu’elle coordonne, portant sur la justice socio-spatiale face aux risques climatiques. Ses travaux récents ont donné lieu à plusieurs publications, dont Pluraliser les savoirs pour penser les futurs face à l’incertitude (2024) et Overcoming barriers to integrate more justice into climate change policies (2024), qui interrogent la place de la justice et des savoirs dans les politiques d’adaptation des territoires face aux risques hydroclimatiques.
Elle a été Vice-Présidente à la Transition écologique de l’Université de Tours de 2021 à 2024. Parallèlement, elle contribue à l’expertise publique en tant que membre du Conseil scientifique de l’Agence de l’eau Adour-Garonne et du comité de pilotage de la Stratégie locale de gestion des risques d’inondations de Tours Métropole depuis 2023.