Contexte et objectifs
La Soufrière de Guadeloupe et la Montagne Pelée en Martinique figurent parmi les volcans les plus dangereux d'Europe, en raison à la fois de leur potentiel éruptif et de l'exposition des populations : près de 640 000 personnes vivent à moins de 30 km de ces deux édifices, aujourd'hui tous deux placés en vigilance jaune après plusieurs années de troubles non éruptifs. Avec dix-neuf volcans actifs au cours des 10 000 dernières années et jusqu'à 1,5 million de personnes vivant à proximité d'un volcan actif sur l'ensemble de ses territoires, la France est le troisième pays le plus exposé au monde à la menace volcanique.
Or, la gestion territoriale d'un scénario éruptif majeur suppose de disposer au préalable d'une représentation scientifique objective et partagée des multiples impacts d'une telle éruption. Cette représentation fait aujourd'hui cruellement défaut pour un « scénario catastrophe » de type HILP (High Impact Low Probability — fort impact, faible probabilité). Ces événements rares mais dévastateurs échappent largement à la doctrine française de réponse de crise, formalisée dans le plan ORSEC, qui repose presque exclusivement sur l'évacuation massive des populations menacées.
Le projet IRIVOLC entend combler ce manque en développant, au-delà de l'état de l'art, la science et les outils d'aide à la décision nécessaires aux acteurs de la crise pour faire face à une éruption volcanique majeure de type HILP. Il s'organise autour de trois défis scientifiques : simuler à haute résolution les phénomènes volcaniques dangereux générés par une éruption explosive majeure (coulées pyroclastiques, effondrements de flanc, tsunamis associés, dispersion de cendres) ; quantifier dans le temps et l'espace leurs multiples impacts sociétaux ainsi que les stratégies d'évacuation, à l'aide de modèles multi-agents intégrant le comportement humain ; et tester l'efficacité des stratégies de réponse de crise pour produire des métriques de risque et des outils de décision.
Structuré en quatre lots de travail, IRIVOLC s'inscrit pleinement dans le continuum « données – modèles – décision » au cœur de l'Axe 1 du PEPR IRiMa. Le projet ambitionne surtout d'accompagner un changement de paradigme dans la doctrine de réponse : au-delà de la seule évacuation, il s'agit de reconnaître qu'une éruption majeure génère des impacts durables bien au-delà de la zone directement menacée, et de préparer une stratégie complémentaire de « vivre avec » le risque, fondée sur un plan de continuité d'activité pour les populations qui devront préserver leurs conditions de vie en périphérie de la zone de danger.
Le consortium réunit un large ensemble de chercheurs en géologie, volcanologie, mathématiques et modélisation numérique, géographie physique et sociale et sciences politiques. IRIVOLC s'appuie sur les observatoires volcanologiques de Guadeloupe et de Martinique, les infrastructures nationales de surveillance et une collaboration ancienne avec les acteurs opérationnels de la gestion de crise, dans les départements d'outre-mer comme en métropole.
Résultats attendus
En cohérence avec l'ambition du programme de renforcer une recherche interdisciplinaire au service de la gouvernance des risques et de l'aide à la décision publique, IRIVOLC fournira de nouvelles données, de nouveaux modèles et des outils probabilistes destinés à appuyer les stratégies de réponse de crise des autorités. La cartographie dynamique intégrée des risques, déterministe et probabiliste, offrira une base plus objective pour former les autorités et sensibiliser les communautés, en partageant une représentation commune de la réalité volcanique assortie d'une incertitude quantifiée.
Quelques résultats attendus spécifiques :
- Des bases de données géographiques FAIR interopérables sur les phénomènes, les impacts, les enjeux exposés et les vulnérabilités, accessibles aux modélisateurs et aux acteurs de la gestion de crise en Guadeloupe et Martinique
- Des cartes probabilistes d'aléa pour une éruption majeure de La Soufrière et de la Montagne Pelée, couvrant notamment les coulées pyroclastiques, les effondrements de flanc, les tsunamis et la dispersion des cendres, y compris l'évaluation de l'aléa respiratoire lié aux cendres fines
- Un réseau bayésien opérationnel d'évaluation du risque, intégrant les données d'aléa et de vulnérabilité comme système d'aide à la décision pour la gestion de crise
- Des simulations multi-agents d'évacuation, dynamiques et assistées par IA, intégrant le comportement humain, l'évolution de l'aléa et un modèle d'impact sur les victimes
- Des outils de jugement d'expert structuré pour la décision en contexte d'incertitude
- Un jeu de rôle sérieux (serious game) et un outil de simulation interactive de crise volcanique, supports de formation pour les acteurs de la réponse de crise et de sensibilisation du public, y compris scolaire
- Une contribution majeure vers l'établissement d'un plan national de réponse volcanique et vers l'émergence d'une doctrine complémentaire de « vivre avec » le risque
Organisation du projet
Responsable du projet
Jean-Christophe Komorowski (IPGP), physicien et professeur des universités, spécialisé en volcanologie
Jean-Christophe Komorowski
Jean-Christophe Komorowski
Jean-Christophe Komorowski est physicien classe exceptionnelle 2e échelon dans le Corps des Physiciens et des Astronomes (CNAP, Ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche, et de l'espace), assimilé professeur des universités, spécialisé en volcanologie et affecté à l'Institut de physique du globe de Paris, Université Paris Cité.
Jean-Christophe Komorowski a été responsable scientifique des Observatoires volcanologiques et sismologiques de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP) pendant une décennie, de 2016 à 2026, et dirige le Service national d'observations volcanologiques (CNRS) depuis 2017. Il est actif dans la gestion scientifique et opérationnelle de Réseau de surveillance volcanologique et sismologique de Mayotte (REVOSIMA). Il a été Directeur et responsable scientifique de l'Observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe (1997-2001), de l'Observatoire volcanologique et sismologique en Martinique (intérim 2023-2024), et directeur par intérim 2008-2009 du Montserrat Volcano Observatory (Territoire d'outremer britannique). Jean-Christophe Komorowski a participé à 14 campagnes océanographiques, dans la Caraïbes et à Mayotte, dont trois en tant que chef de mission.